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1 – La Constitution Européenne est la simple poursuite
des politiques européennes.
Depuis 50 ans, l’Europe
bureaucratique est construite par des lobbys et des cartels autour
d’une course au profit, sur la décomposition du
mouvement ouvrier. Ce traité ne fait que formaliser la
suprématie des puissances financières dont les
individus se protègent par les quelques droits fondamentaux
hérités des siècles précédents.
Il ne vise finalement que la poursuite de l’extension planétaire
de nos modes de vies américanisés, aujourd’hui
largement dominés par l’apathie politique face à des
oligarchies de plus en plus liberticides, le bricolage irresponsable
face aux massacres écologiques et le nihilisme quotidien
face aux déferlantes techno-scientifiques.
2 - La voie
suivie par nos sociétés est fondamentalement
auto-destructrice.
Notre système est basé sur
le fantasme d’accumulation et de maîtrise illimitées
qui élimine peu à peu tout ce qui l’entrave :
le déracinement profond des individus les prive de toute
culture vivante, de tout repère stable, de toute sociabilité réelle.
L’angoisse et la peur du manque sont les principaux moteurs
de l’hystérie consumériste qui anesthésie
et déstructure nos sociétés devenues toxicomanes
et anonymes. La laideur des villes, la violence des rues, l’anomie
familiale, la misère sexuelle, la précarité systématique,
l’amnésie maladive, le cynisme mondain, la stérilité intellectuelle
et le conformisme généralisé sont partiellement
occultés par une propagande publicitaire massive et
ininterrompue. Il ne s’agit nullement de crises, puisqu’il
n’y a -encore- aucun rapport de force consistant :
c’est un délabrement civilisationnel sans précédent
dans l’Histoire puisqu’il tend à rendre
impossible un quelconque héritage et les conditions
même de la vie sur Terre. Ce suicide tranquille n’est
en rien une acceptation du tragique de l’existence, c’est
au contraire l’obsession grotesque d’une toute-puissance
illusoire à portée de tous.
3 - Tous les pays du monde s’alignent sur notre "mode
de développement".
Hallucinée par
la rationalité instrumentale et les réalisations
technologiques occidentales, l’écrasante majorité des
populations mondiales se laisse pénétrer par
ce modèle de société. Comme ici, disparaissent
là-bas des cultures millénaires sans qu’aucunes
valeurs civilisationnelles ne viennent remplacer le noyau de
sens hétéronome qui faisaient tenir ces sociétés
ensemble. Cette uniformisation du monde s’accomode de
variantes locales qui sont autant de pseudo-folklores insipides
tandis que le type d’humain produit devient partout le
même, fuyant ses responsabilités par d’éphémères
jouissances formatées. Sans garde-fous traditionnels
ou politiques, ces pays vivent une accélération
dévastatrice unique dans l’Histoire. Depuis un
siècle, ils participent à la concurrence internationale
sauvage ou sombrent dans les barbaries des intégrismes
identitaires, l’un comme l’autre sacrifiant les
richesses géo-écologiques à la surenchère
technologique. Les alternatives sérieuses sont encore éparses
et superficielles.
4 - L’Europe doit renouer avec sa propre tradition d’émancipation
individuelle et collective.
L’occident, et avant tout
le continent européen, est évidemment l’inventeur
du capitalisme, et des monstruosités qui l’accompagnent
sous toute ses formes. Mais il est également le siège
de la réinvention, plus d’un millénaire
après la civilisation grecque, d’un projet d’autonomie,
recherche permanente et lucide du partage des pouvoirs :
c’est la question de la loi bonne que pose la démocratie
et de la pensée juste que pose la philosophie. Cet élan
est celui de la Renaissance, des Lumières, des révolutions
successives du 18ième siècle, puis du mouvement
ouvrier, qui l’a porté à un point inégalé.
Largement moribond depuis plusieurs décennies, ce projet
d’examen, de critique, de contestation et d’auto-institution
explicite de la société par elle-même est
le seul recours que nous ayons, de fait, pour bâtir
un semblant de civilisation mondiale. Il est ce que nous, européens,
avons de plus précieux à vivre et à transmettre
aux sociétés qui n’ont pas cet héritage,
ce qui n’est possible qu’en renouant, ici, avec
ce qui nous a construit et nous permet de concevoir la liberté et
de parler d’égalité.
5 - Les populations
seules peuvent impulser un changement radical que le "non"
peut accompagner.
L’enjeu du scrutin du 29 mai n’est
rien d’autre
que de poursuivre, devant le monde entier, le réveil
laborieux des populations européennes depuis le début
des années 90. Les luttes qui se développent
aujourd’hui en France ont leurs équivalents au
niveau international : le "mouvement altermondialiste"
est encore timide, disparate et indéfini, mais il incarne
en puissance la nécessité impérieuse d’infléchir
durablement la course aveugle d’un monde unidimensionnel.
Un "non" au Traité Constitutionnel
Européen ne résoudra strictement rien, il peut
marquer une étape capitale dans la lente maturation
de la lame de fond que nous vivons. Il prendra le sens que
les peuples du monde, et avant tout celui que les européens,
lui donneront : ce peut être celui d’une réappropriation
progressive des choix les plus fondamentaux de nos existences
collectives, la création historique d’une culture
authentiquement humaine et lucide, autant que possible. |
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